Le principal outil de l'enseignant

  • Par chloecole
  • Le 12/01/2017
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Quel est l'outil principal du professeur des écoles ? Ce n'est pas son cahier journal, ni ses programmations, même pas sa tablette de chocolat ni son mug de thé, ce n'est pas non plus son cartable ....

L'outil indispensable du maître c'est sa voix.

On ne nous prépare pas (ou pas assez) à l'IUFM, actuellement ESPE, à l'importance du respect de notre voix et à la façon optimum de l'utiliser.

Quel enseignant n'a jamais eu la voix fatiguée en fin de journée ? à la rentrée ? avant les vacances ?

Nous n'en avons pas toujours conscience mais nous pratiquons un métier de la voix, tout comme les chanteurs et les comédiens. Et à ce titre, nous devons apprendre à utiliser notre voix.

C'est au bout de ma 2ème année d'enseignement que mon médecin traitant, suite à une aphonie (je n'avais plus de voix, ce qui m'arrivait environ 2 ou 3 fois par an) m'a envoyé faire un bilan vocal chez un ORL.

Il faut savoir que ce bilan, indispensable avant toute prise en charge, peut se faire chez un ORL ou chez un médecin phoniatre (soit il met la caméra au fond de la bouche, soit il passe une petite caméra par le nez pour aller voir les cordes vocales). Lors de ce bilan, le médecin observe les cordes vocales et leur fonctionnement. En ce qui me concerne, j'avais des nodules. Ce sont comme des ampoules qui s'installent sur le bord libre des cordes vocales en raison d'un forçage. C'est pareil que l'ampoule que l'on a sur le pied si on persiste à mettre des chaussures non adaptées ! Les cordes vocales qui sont mal utilisées frottent, laissent passer trop d'air et la lésion s'installe. Pour enlever les nodules, il faut revoir tout le geste vocal pour comprendre les raisons du forçage vocal et l'éliminer ; cela se fait en rééducation avec un orthophoniste. Quand les nodules sont trop anciens ou trop volumineux et que la rééducation ne suffit pas, une chirurgie peut être envisagée ; mais si la personne continue à mal utiliser sa voix, à faire du forcage vocal, les nodules risquent de revenir.

La rééducation chez un orthophoniste est intégralement remboursée ( 60% par la sécurité sociale et le reste par la mutuelle). Tous les orthophonistes ont eu une formation pour les troubles de la voix mais ils ne font pas tous cette rééducation. Certains sont plus spécialisés et intéressés par ces troubles que d'autres.

L'orthophoniste, que j'ai vue, plus ou moins régulièrement pendant 8 ans, m'a été d'une aide immense. D'abord, il a fallu que j'accepte de travailler sur ma voix, que j'accepte que ma voix n'allait pas bien. Notre voix c'est nous, notre voix c'est notre personnalité alors travailler dessus ce n'est pas facile. Il faut être en confiance et il faut accepter de changer des habitudes. J'ai fait un peu de résistance : "Non, je ne peux pas faire autrement, je suis obligée de crier à ce oment là, je suis obligée de continuer de parler même si j'ai mal ..."

On a travaillé sur ma posture, ma façon de me tenir pour raconter des histoires, pour donner les consignes, en classe, dehors en sport, pour reprendre des élèves qui n'écoutent pas ... On a aussi travaillé sur la respiration car en fait je passais ma journée de classe en apné ! On a travaillé sur l'articulation, sur le débit de parole, sur les modulations de la voix. On a aussi beaucoup discuté sur mes pratiques d'enseignement. Et c'est ainsi que j'ai découvert et surtout expérimenté que je pouvais enseigner sans crier, que lorsque j'articule, les élèves comprennent mieux les consignes, que je peux raconter une histoire sans être essouflée et avoir mal à la gorge, que je peux mener une séance de sport sans que ce soit une corvée vocale. Tout ce travail m'a fait évoluer personnellement et professionnellement. J'ai dû modifier ma façon d'enseigner pour moins solliciter ma voix tout en favorisant l'écoute de mes élèves. Je me suis aussi mise à 80% pour avoir une journée de pause vocale le temps de finaliser ma rééducation. Tout n'est pas parfait bien sûr, il m'arrive encore de crier, il m'arrive encore d'avoir un peu mal à la gorge en fin de journée mais je sais maintenant reconnaître les signaux d'alerte et en tenir compte pour respecter mon outil.

A partir de mon expérience, voici quelques conseils pour vous aider à protéger votre voix :

- Si vous avez souvent la voix cassée, mal à la gorge en fin de journée, si vous êtes aphone pendant les vacances : parlez-en à votre médecin pour qu'il vous prescrive un bilan vocal chez un ORL ou un phoniatre (indispensable avant toute prise en charge en orthophonie).

- Buvez ! Ayez toujours une bouteille d'eau sur votre bureau et buvez à tout moment de la journée pour bien hydrater vos cordes vocales.

- Rappelez-vous que quand vous êtes en classe, vous êtes en représentation et votre voix est en projection, vous ne pouvez pas parler de la même façon que lors d'une conversation.

- Ne parlez pas dos à vos élèves (en écrivant au tableau par exemple).

- Quand vous êtes accroupi à côté d'un éléve pour l'aider, relevez-vous si vous avez besoin de parler à l'ensemble de la classe (pour leur demander de faire moins de bruit, ...).

- Pour les séances de sport, mettez-vous en basket, vous irez plus facilement à côté de vos élèves pour leur dire quelque chose et vous crierez moins.

- N'utilisez votre voix pour demander le silence qu'en dernier recours. Vous pouvez utiliser un bâton de pluie ou autre instrument, faire un peu de yoga, faire des gestes type chef d'orchestre que vos élèves imitent jusqu'à se taire (frotter dans ses mains, faire les marionnettes, se masser les joues, ... ). Vous pouvez aussi chanter doucement un chant que les élèves ont appris avec vous.

- N'hésitez pas à faire un suivi en orthophonie ! Car chacun utilisant sa voix différemment, les conseils ne peuvent qu'être personnalisés. Vous apprendrez ainsi à connaître votre voix, à l'aimer et à l'utiliser avec toutes les possibilités qu'elle vous offre.

 

 

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